Newsletter août 2020

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Newsletter août 2020

L’écriture est un carrefour. Le dessin, la peinture et l’écrit se rejoignent dans le trait. La calligraphie se place entre la forme de son signe et le sens de son ensemble. Et c’est ainsi que les plus grands peintres chinois ont assimilé le geste de peinture et le geste d’écriture.

De certaines compositions de la Renaissance italienne – telles des annonciations de Fra Angelico où l’on peut lire des paroles en lettres d’or – à des œuvres d’artistes modernes ou contemporains, l’écriture adopte, régulièrement, une dimension picturale. Obéissance à des conventions de langage établies ou écho purement formel à la calligraphie, la forme écrite prend part au sujet du tableau.

Les toiles d’Hans Hartung, de Cy Twombly ou encore de Fabienne Verdier, aussi différentes soient-elles, trouvent un point de rencontre : le geste d’écriture. Quelle que soit la langue de référence, la lettre, seule ou combinée, intervient dans la composition comme un motif à part entière. Aujourd’hui, le street art formule l’acmé de cette rencontre du pictural et de l’écrit : la lettre est motif, et inversement. Une illusoire immédiateté de lecture, tant la distorsion de certains caractères connus peut exiger du regardeur un arrêt contemplatif.

Des signes de vie se créent alors pour Henri Michaux : « Qui n’a voulu saisir plus, saisir mieux, saisir autrement, et les êtres et les choses, pas avec des mots, ni avec des phonèmes, ni des onomatopées, mais avec des signes graphiques ? Qui n’a voulu un jour faire un abécédaire, un bestiaire, et même tout un vocabulaire, d’où le verbal serait exclu ? »[1]

Rapide ou appliqué, réfléchi ou spontané, le geste marque l’écriture. Ses traces finissent par faire partie de sa signification, semble-t-il. L’écho du geste habite la lettre, tout comme le sens infuse le mot, ou le motif façonne le tableau.

Mahault de Raymond-Cahuzac

[1] Henri Michaux, Saisir, Fata Morgana, 1979, n.p.

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