Bail Art présente Diamantino Labo Photo

Tireur-Filtreur aux mains d’argent

Diamantino Quintas, artisan Tireur-Filtreur depuis 1984, nous ouvre la porte du seul atelier au monde exclusivement spécialisé dans le tirage argentique à l’agrandisseur. Un lieu d’échange et de collaboration, mais aussi un espace de formation pour la transmission d’un savoir-faire historique. Dans ces 300m2 de trésors cachés, se côtoient artistes, photographes célèbres ou amateurs, plasticiens, galeristes et commissaires d’exposition. Ici, les dossiers s’empilent joyeusement sous les noms d’Agnès Varda, Gilles Caron, Thomas Gosset, Estelle Hanania, Nathalie Lescuyer, Clémence Veillan, Atsunobu Kohira, Yan Morvan, Marianne Maric… Des milliers de négatifs y sont référencés et soigneusement conservés. Des musées aux galeries d’art, en passant par les Rencontres d’Arles ou la Fondation Luma pour la création artistique contemporaine, de la photographie d’art au documentaire, l’Atelier explore tous les domaines. Un monde où émotion et passion permettent la survie d’un métier en passe de devenir métier d’art.

« L’Argentique, c’est l’histoire d’une rencontre passionnée entre le négatif et le papier. Nous la transformons en un mariage qui résiste au temps. »

Pièce de travail pour la finition et le séchage des tirages noir et blanc sous mélange de lumière artificielle et naturelle, avec fenêtre orientée nord pour une lecture optimale des tirages. Au centre, les salles des agrandisseurs.

1. Artisan de lumière

La photographie argentique est une technique qui permet d’obtenir une photographie par un processus comprenant l’exposition d’une pellicule sensible à la lumière. Nous réalisons le développement, le tirage et la finition des photographies sur tous types de formats, selon les impératifs du photographe. Traditionnellement, ce métier était hiérarchisé entre les Tireurs dédiés exclusivement au noir et blanc, et les Tireurs-Filtreurs à la couleur. Ce clivage n’existe plus aujourd’hui. Le métier consiste à utiliser le négatif confié par le photographe pour interpréter toutes les informations qu’il contient sur un support papier photosensible. Le négatif peut être travaillé comme une esquisse, ou au contraire comme un projet bien défini par rapport aux exigences de l’auteur. La main est notre principal outil. Nous intervenons entre la source de lumière et le papier photosensible.

« Avec nos mains, nous modelons la lumière. »

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Les caches faits de fil de fer et de papier servent à travailler certaines zones avec précision pour les adoucir ou les durcir par passages successifs.

2. L’Argentique, un travail de collaboration et d’interprétation

Nous travaillons avec près de 300 artistes, autant de personnalités que d’univers différents. Comme pourrait le faire un cuisinier, nous créons et nous interprétons en respectant les exigences de l’auteur. Plus qu’une technique, nous nous impliquons dans la construction de la photographie sur le tirage. Ce qui suppose évidemment un rapport de collaboration étroit. Nous ne travaillons jamais sans avoir longuement échangé. Nos personnalités doivent s’accorder, que ce soit intellectuellement ou émotionnellement. Certains photographes nous demandent de matérialiser ce qu’ils ressentent, à l’image de cette question transmise par une cliente : « est-ce que cela t’inspire ? ». Selon le choix du mode de tirage ou celui du papier, nous racontons des histoires très différentes. J’aimerai un jour réaliser une exposition sur les différentes versions d’un même négatif pour montrer comment une esquisse peut se travailler à l’infini.

« Est-ce que cela t’inspire? »

Tirage argentique à l'agrandisseur, le "Photoshop" de l'argentique. Il s'agit d'agrandir l’image comme sur un video-projecteur, sauf que l’on projette ici un négatif. Après placement du négatif dans le passe-vue et ajustement du plan de netteté, le papier réagit à la lumière et laisse apparaitre le négatif en positif. Les tests sont faits sur bandes d’essais pour évaluer le temps d’exposition idéal de la feuille. Le tirage de lecture est une première étape vers un travail d’interprétation du négatif par le tireur. A droite, les documents de suivi des épreuves pour les tirages de James Barnor.

3. Atelier de recherche et d’exploration

Mon rêve a toujours été d’avoir un atelier d’exploration autour de la reproduction de la matière. Chaque jour, nous allons toujours plus loin pour explorer les immenses possibilités de la création argentique. Avec le procédé photogramme par exemple, nous obtenons une image photographique en installant des objets sur une surface photosensible, puis en l’exposant directement à la lumière. Ce travail de lumière pour faire ressortir la matière peut être poussé à l’infini. Ici, j’entraine les jeunes à aller toujours plus loin, à atteindre un sentiment de plénitude dans le travail accompli. Parfois, même après le départ des photographes, nous poursuivons le travail de recherche lorsque nous savons qu’il reste des choses à explorer. C’est parfois une lutte contre une insatisfaction permanente.

Photogrammes (images 1 et 3) par Philippine Schaefer. L'artiste travaille aux côtés de Diamantino Quintas depuis plus de 20 ans.

4. Pour la transmission d’un savoir-faire

Au-delà de l’aspect financier, mon seul but est de pratiquer et transmettre ce métier, de vibrer à chaque nouvelle rencontre, à commencer par celle avec le négatif.  Nous sommes toujours un peu intimidés au premier contact avec un négatif. Nous ressentons la même charge émotionnelle que lors d’une rencontre avec une personne. Au premier regard, on n’ose pas vraiment, on reste dans un travail propre et raisonnable. Au fur et à mesure du temps, on finit par se libérer avec plus de légèreté et de créativité. Souvent, les jeunes qui arrivent en formation sont très surpris lorsque je leur propose une autre manière de s’exprimer.  À l’école, ils apprennent la technique. Ici, je leur demande que chaque geste soit une façon d’exprimer leur personnalité. Je les encourage à en prendre conscience et à vivre tous leurs gestes pleinement. Cela demande beaucoup de concentration et d’implication: il faut environ une dizaine d’années pour être autonome.

« Nous transmettons dans le travail du négatif et de la lumière notre état émotionnel du moment. »

5. La photographie comme mode d’expression

Les rencontres avec les photographes me remplissent. Malgré les difficultés liées à la vie d’une entreprise, depuis notre déménagement il y a 3 ans jusqu’à notre installation à Bagnolet, je reste motivé et touché par les artistes, qu’ils soient amateurs et professionnels. Lorsqu’une personne doute de son travail, je lui demande toujours pourquoi elle pratique ce métier. La photographie répond à un besoin d’expression et de partage. Elle est un medium au même titre qu’une voix, une peinture ou un dessin. Il est important de garder son pourquoi toujours à l’esprit et d’avoir effectué ce travail d’introspection. À partir de là, tout est possible : on peut alors se libérer des contraintes et des jugements. Je tiens à préserver une forme d’innocence et de naïveté dans la pratique de notre métier. Évidemment, il faut apprendre la technique, mais c’est notre sensibilité qui va s’exprimer. C’est cette pratique honnête et régulière qui nous emmènera toujours plus loin.

Exposition Gilles Caron, à l’Hôtel de ville de Paris, à l’occasion du 50e anniversaire de Mai 1968. Photo © Charles Duprat

 

6. Expérience et persévérance

Je pratique ce métier depuis près de 40 ans. Je l’ai appris sur le tas en laboratoire, puis de façon plus cérébrale sur l’interprétation et la sensibilité de la photographie – laboratoire Graphicolor, Atelier Publimod, agence de presse Gamma puis Sipa-Press. J’ai vécu la grande période des tirages argentiques, tout comme l’arrivée du numérique pour le tirage en grande quantité. L’arrivée des imprimantes a progressivement sonné la fin du matériel argentique et de ses métiers. J’ai vécu cette période en essayant de m’adapter, jonglant entre le numérique et l’argentique et exigeant de poursuivre les expositions à l’agrandisseur. Jusqu’au jour où j’ai racheté le matériel traditionnel à mon entreprise pour lancer mon projet d’atelier, après une formation à la création d’entreprise. Il m’a fallu deux ans pour mettre ce projet en place. C’est dans ce contexte que j’ai créé mon laboratoire en 2009, à contre-courant des contraintes traditionnellement imposées. Je voulais moderniser ce métier, apporter une liberté d’exprimer notre sensibilité à travers les couleurs, la densité et le contraste. Et mettre tout cela au service des photographes. 

« J’ai cette capacité à ne pas vivre sous influence, comme une forme de détachement. »

Le papier réagit à la lumière mais pas à la lumière rouge « inactinique » sous laquelle travaillent les Tireurs. Une fois exposée à la lumière, la feuille a besoin d’être révélée pour faire apparaitre les cristaux d’argent qui ont été exposés à la lumière sous l’agrandisseur. Le papier passe donc dans différents bains : révélateur pour faire apparaitre l’image, bain d’arrêt pour stopper l’effet du révélateur, fixateur pour fixer l’image sur le papier. Un dernier bain de lavage enlève le fixateur. Dilution, temps de passage, agitation manuelle de la cuve ont une incidence sur le rendu de l’image. Le Tireur-Filtreur fait plusieurs tests jusqu’à obtention du résultat souhaité. 
A gauche, portraits de femmes, tirés sur planches de chêne pour Emmanuel Ortiz. Mémorial de Montormel en Normandie, 2018. A droite, travail de recherche pour le tirage sur œufs d'autruche conduit actuellement avec Caroline Chik.

 

7. De la différence entre Argentique et Numérique

Notre Atelier est exclusivement dédié au tirage argentique traditionnel. Nous n’avons aucune imprimante numérique, tout le travail est réalisé par agrandisseur ou par contact. L’image inscrite sur la pellicule est en effet une reproduction analogue de ce qui est photographié ; alors que dans un appareil numérique, l’image est codée sous forme binaire. Le numérique est une relation informatique immatérielle qui s’exprime par une écriture robotique sur une surface non sensible. Il permet d’obtenir de la très grande définition, de changer spontanément des choses et de shooter indéfiniment. Dans le numérique, c’est une machine qui fait le tirage. L’objectif est de reproduire des photographies scientifiquement et absolument identiques, reproduisant les mêmes valeurs. À l’inverse, chaque tirage argentique est unique, le retirage affiche toujours des différences. Aussi, un tirage est imprégné de l’état psychologique et affectif du moment, tant pour le photographe que pour le tireur.  

« La dimension humaine se diffuse et se reflète dans le résultat de notre travail »

Diamantino Quintas, artisan tireur-filtreur, fondateur du dernier laboratoire de photographies exclusivement argentique, et son collaborateur Romain Hemon © Reportage photo Bail Art
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