La lettre de Bail Art mars 2020

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La langue de Voltaire est très picturale pour quelqu’un qui se dit « simple amateur » de peinture (1). Il écrit à Rousseau, au sujet de sa description de la société, « qu’on ne peut [la] peindre avec des couleurs plus fortes » (2). La métaphore refleurit ailleurs pour définir l’écriture comme « la peinture de la voix » (3). Un siècle plus tard, sous la plume de Victor Hugo, le mot sert à dire une réalité transcendante : « Vous dire tout cela, mon ami, ce serait vous exprimer l’ineffable, vous montrer l’invisible, vous peindre l’infini » (4).

Décrire, définir, exprimer… tout cela est « peindre ». Ces divagations littéraires sont le fruit de déambulations dans la bibliothèque, alors que nous sommes tous priés de rester chez nous, de nous préserver et de préserver les autres.

Et si l’on empruntait à la peinture une autre métaphore ? Se tenir à carreau comme une mise au carreau : en cette période, tout en poursuivant les tâches en cours, ébaucher, préparer, organiser la suite pour que la vie reprenne de plus belle. Confinement n’est pas enfermement. Nous continuons à travailler autrement et restons à votre disposition pour peindre le présent et l’avenir.

Clara Pagnussatt

(1) Voltaire, Lettre au Comte de Caylus (1739)
(2) Voltaire, Lettre à Rousseau (30 août 1755) au sujet du Discours sur l’inégalité des conditions
(3) Voltaire, Dictionnaire Philosophique portatif, 1764
(4) Victor Hugo, Le Rhin, 184

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