Rencontre avec Gaël Charbau, directeur artistique et commissaire d’exposition

Critique d’art, directeur artistique et commissaire d’exposition, Gaël Charbau collabore depuis près de 15 ans avec différentes institutions publiques, collectivités, mécènes et entreprises en Europe et en Asie. Commissaire de la Bourse Révélations Emerige créée en 2014 sous l’impulsion de son Président Laurent Dumas, Gaël Charbau partage ici la vision de son métier, ainsi que son engagement pour la jeune scène artistique française.

« Notre travail s’approche de celui d’un réalisateur. Comme dans un film, nous pensons des séquences, des plans, des points de vue. »

1. Directeur artistique ou commissaire d’exposition, s’agit-il de métiers distincts ?

Tous les projets dans lesquels je suis engagé en tant que commissaire indépendant correspondent en réalité à un rôle de directeur artistique, allant du choix des artistes, de la communication, des éléments de langage, des lumières, de l’accrochage jusqu’à la mise en œuvre opérationnelle de l’évènement. Contrairement à un commissaire d’exposition rattaché à une institution et contraint par un certain nombre d’éléments, mes projets démarrent assez souvent de zéro. Il s’agit de penser un projet du début à la fin : quelle histoire raconter, comment, avec qui… De la conception jusqu’à l’organisation du projet, je décline la direction artistique autour d’éléments qui passent tous entre mes mains. En ce sens, le terme « direction artistique » correspond fidèlement à mes activités, pour lesquelles je m’entoure d’équipes aux différentes compétences.

2. « Échapper à un certain formalisme, éviter de faire des exposés illustrés par des images que sont les œuvres, inverser la démarche : l’art doit être d’abord vu et vécu. » Est-ce toujours votre vision ?

En effet, une exposition n’est pas une démonstration ou un exposé. C’est une expérience, un récit spatial qui nous plonge au cœur d’une proposition plastique en trois dimensions. Notre travail s’approche de celui d’un réalisateur. Comme dans un film, nous pensons des séquences, des plans, des points de vue. Nous imaginons aussi la façon dont une œuvre va rentrer en scène dans un parcours. À la fois metteur en scène, réalisateur, et scénariste, le directeur artistique confie également des responsabilités à d’autres acteurs : cadreur, chef opérateur, éclairagiste… Dans le cadre d’une exposition, tous ces éléments passent entre mes mains et exigent des compétences à la fois techniques et artistiques. Jusqu’à présent, je n’ai par exemple jamais fait appel à un scénographe. Pour l’exposition Hermès « Formes du transfert », j’ai ainsi dessiné un dispositif de cloisons en plexiglass reposant sur des cadres qui permettaient de créer des parcours, de jouer sur différentes transparences… Dans la conception d’un projet, je travaille souvent avec Charles-Henri Fertin qui rend « possibles » bon nombre de mes scénographies ! Il nous faut faire preuve au quotidien d’inventivité et de polyvalence.

Vue de l’exposition collective « Formes du transfert », Magasins généraux, Pantin, 2022 © Origins Studio / Fondation d’entreprise Hermès

3. Quelle est la spécificité d’une exposition pour une entreprise ?

Une entreprise communique aujourd’hui comme une institution, avec des outils et des enjeux similaires autour de son image. Concevoir un projet artistique ou culturel pour une entreprise, c’est collaborer avec des personnes convaincues que l’art est un vecteur important, au-delà d’un simple outil de communication. À la différence des institutions qui entretiennent par nature une liaison intrinsèque et pérenne avec l’art, un projet artistique en entreprise tient surtout aux convictions d’une ou plusieurs personnes. Si Laurent Dumas n’avait pas eu lui-même sa vie transformée par sa rencontre avec l’art, il n’y aurait sans doute jamais eu de programme de mécénat au sein d’Emerige. C’est d’ailleurs ce qui rend ces projets à la fois très touchants et humains.

4. Observez-vous une ou des thématiques émergentes ?

On entend beaucoup parler de la thématique du care (prendre soin de). Je ne sais pas si la fonction de l’art est de « prendre soin de », mais je constate que c’est une tendance. Pour ma part, je m’intéresse aux artistes qui essaient de produire de l’art, ce qui représente déjà un travail à part entière et peut occuper à peu près toute une vie… !

5. Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans ce métier ?

Ce sont d’abord les formes. Les plasticiens se demandent comment ils vont créer une forme, visible ou invisible – une rumeur, un courant d’air, un morceau de pierre, dessiner avec des cordes, avec de la vapeur d’eau ou des pixels… La problématique de l’artiste n’est pas d’illustrer un propos, mais plutôt d’avoir des intuitions liées à des formes, à des matérialisations. Je ne suis donc pas intéressé par une thématique en particulier, mais par les situations nouvelles que les artistes vont créer. J’essaie de rester surpris et de faire des pas de côté par rapport à mes certitudes et à mes goûts. Comme en cuisine, on ne peut pas toujours aller vers les quelques aliments que l’on adore. Il est important d’aller vers des choses qui renouvelent notre palette de goût.

« Douze preuves d’amour », 9e édition de la Bourse Révélations Emerige, commissariat Gaël Charbau, 190, rue Lecourbe à Paris © Rebecca Fanuele. Les œuvres de la lauréate Dora Jeridi sont présentées au sein de l’exposition des 12 finalistes jusqu’au 13 novembre. Le prix spécial du Jury est décerné au plasticien et vidéaste Valentin Ranger. 

6. Comment découvrez-vous les jeunes artistes ?

Je dirige des programmes qui me permettent de voir beaucoup d’artistes, soit par appels à candidature soit par sollicitation directe. J’ai également la chance de couvrir des domaines qui me passionnent : la relation entre l’art et l’artisanat à travers le programme de résidences de la Fondation d’entreprise Hermès, l’émergence avec la Bourse Révélations Emerige, l’introduction de l’art dans l’espace public avec le programme « Un Été au Havre », ou encore la relation aux sciences dans ma collaboration avec la Cité des Sciences et le Palais de la Découverte. Ces différents programmes me permettent de maintenir ma curiosité en permanence éveillée !

7. Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué dans la 9ème édition de cette Bourse Révélations Emerige 2022 ?

Comme le rappelaient nos galeristes partenaires Alexandre Mor et Philippe Charpentier, nous sommes tous les ans de plus en plus surpris par la qualité des dossiers reçus. Et plus généralement par la qualité « plastique » de cette nouvelle génération d’artistes français, qui ont aujourd’hui entre 25 et 35 ans. Nous le constatons à travers la diversité des médiums employés, mais aussi par cette volonté de mettre au monde de nouvelles formes. Nous vivons un moment de concordance entre la place centrale que reprend la France sur la scène artistique mondiale, et l’émergence d’artistes français avec des propositions de haute qualité. Parmi d’autres programmes, la Bourse Révélations Emerige reflète cette époque extrêmement riche et productive.

Bio Gaël Charbau
Portrait Gaël Charbau © Elsa&Johanna 2022

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